Compétences techniques

La valeur technique du réseau Hypra s’organise autour de 5 professionnels pointus et complémentaires, à la fois techniciens, usagers, handicapés et valides.

L’affranchissement des boulets techniques à l’autonomie

Leur aventure a commencé dès 1993, époque où l’informatique se pratiquait à faible échelle, souvent en ligne de commande ou dans des environnements graphiques simples, sur disquettes et avec 8Mo de mémoire vive. C’est le moment où nous avons découvert MS-DOS et les rudiments de la ligne de commande.

Les interfaces semi-graphiques puis graphiques apparues vers 1995 ont changé la culture d’utilisation. D’abord avec Word pour MS-DOS, ensuite avec Windows 95 et 98. Nous avons alors appris, dans notre usage quotidien, l’interface graphique et développé un nouveau mode d’interaction avec l’ordinateur. Comme il était une véritable révolution planétaire, les déficients visuels se sont vus libérés de barrières physiques (écriture, lecture, interaction avec du contenu) par le numérique qui a séduit tout le monde et, au passage, mis l’information à la portée de tous. Les écrans ont commencé à parler sans synthèse vocale matérielle, Windows a écrit en braille, et nous avons alors gagné une grosse expérience en informatique adaptée avancée. D’abord via notre vécu de la revue d’écran JAWS, ensuite car notre passion nous faisait pousser les possibilités du système jusqu’au bout.

De l’autonomie sous perfusion à l’universalité

Mais la libération des non-voyants était fragile : prix très cher, clé d’autorisation sur Disquette trafiquée, dépendance d’un seul fabricant, supports de formation de plus en plus rares. En 2004, nous avons entamé nos études supérieures et découvert un système gratuit, baptisé Linux. Il était lui aussi capable de parler, avec Emacspeak et speakup. Il pouvait lui aussi afficher du braille, avec brltty. Seulement, il n’était utilisable qu’en ligne de commandes pour les personnes handicapées.

Mais basé sur Unix, ce système n’en restait pas moins infiniment plus puissant que MS-DOS, car multitâches et flexible. Nous avons ainsi appris à programmer, à parler à Linux en ligne de commandes, à compiler des programmes, un noyau, des pilotes, à éditer des patches, etc. Mais on a aussi écrit des mémoires en sciences humaines, des livres, mis en forme et esthétisé, à partir de LaTeX. C’est le moment où nous a rejoint un programmeur historique du projet GNU, le plus célèbre projet des communautés des logiciels libres, qui nous a apporté une connaissance très poussée de ce monde, tant éthiquement que techniquement.

Nous avions alors les moyens de maîtriser GNU/Linux dans ses couches les plus basses, autour d’un code informatiquement de très bas niveau. Autant dire qu’en quatre ans, nous avons construit un solide bagage technique lié à Linux et à l’accessibilité. Et très vite, nous avons rejoint ceux qui construisaient l’accessibilité du logiciel libre, afin qu’après notre libération matérielle, les personnes handicapées puissent se libérer de tout pouvoir artificiel.

Cela tombait bien, c’est à Hawaï en 2004 que les programmeurs de la plus célèbre interface graphique sous GNU/Linux, GNOME, ont décidé de la rendre accessible à son tour. Ils ont alors écrit un lecteur d’écran, un clavier virtuel, des synthèses vocales. Hypra a accompagné ce mouvement. Après plusieurs balbutiements, le lecteur d’écran Orca est devenu stable vers 2008 et intégré à GNOME.

Reprenant notre cheminement des années 90, nous pouvions enfin suivre la voie du graphique informatique sur la base de logiciels libres. Et avec une synthèse vocale de qualité comparable à Eloquence pour JAWS ! C’est alors qu’on a compris que GNU/Linux pouvait devenir l’offre référence pour faire tomber bien des barrières à l’indépendance. Outre notre cercle d’amateurs d’informatique, nous pouvions désormais le proposer à un public élargi.

En même temps il n’était pas question d’installer Linux avec une technique trop lourde, aussi avons-nous recherché la bonne distribution. Les deux plus accessibles, car installables en toute autonomie en braille, vocal et gros caractères, se sont avéré être Ubuntu et Debian. Cela tombait bien, elles utilisaient la même procédure « d’empaquetement ». Construire une expertise sur cette base était donc facile, et ce fut notre choix dès 2004.

Ayant intensément pratiqué l’installation à partir de rien (« Linux From Scratch »), nous savions désormais utiliser une gestion de système de type Debian, mais aussi les logiciels libres en général, indépendamment de la distribution où ils étaient installés. Par exemple, nous savions rendre accessible après installation des distributions de la famille RedHat, ou Arch.

Cette histoire nous a ainsi permis de maîtriser très finement GNU/Linux techniquement, mais aussi de développer des solutions pour une mise au service du grand public. C’est pourquoi nous avons pu ouvrir plusieurs fronts sur le terrain de l’accessibilité pour perfectionner l’offre de service des logiciels libres. D’un côté, nous avons soutenu ce qui se faisait sous Windows, avec une forte activité sur NVDA, mais aussi pour que LibreOffice devienne facilement utilisable sur ce système d’exploitation. En pratique, nos études et connaissances acquises grâce à Linux nous donnaient l’assise nécessaire pour maîtriser également Windows.

D’un autre côté, nous avons cherché, en lien permanent avec les communautés de programmeurs, comment faire évoluer Linux sans régression côté accessibilité. Ce n’était pas si aisé, GNOME 3 ayant beaucoup reculé sous la pression des évolutions des interfaces vers de nouveaux concepts réputés plus intuitifs et esthétiques. Mais notre ressort nous a permis de gérer ces régressions pour en faire une force. D’abord, sitôt GNOME 3 sorti, nous avons diversifié notre panel technique en nous tournant vers la solution devenant la plus accessible : Unity 2D et Ubuntu. Ceci nous a permis de confirmer notre expertise Debian sur un autre environnement de projet.

En 2014, nous avons achevé avec la communauté l’intégration du bureau MATE sous Debian et Ubuntu, après avoir largement éprouvé GNOME 3, KDE, XFCE, LXDE, Cinnamon, et autres dispositifs graphiques légers. Ceci nous a permis, Unity 3D n’arrivant pas à être accessible du fait d’ambitions multiplateformes chronophages, de retrouver une distribution Debian accessible avec un bureau simple et opérationnel. C’est sur ce bagage que nous appuyons désormais notre offre.

Pour être complet, il faut signaler aussi que les membres d’Hypra ont également suivi de près des projets libres sous GNU/Linux tels que Compiz, la loupe GNOME, les fonctions Qt d’accessibilité. Cette expérience a conduit nos professionnels à retenir Compiz pour universaliser les systèmes proposant et, ainsi, consacrer notre projet décénal. Il ne restait plus qu’à unir nos forces au sein d’une société économique pour capitaliser notre vécu et nos compétences au service de l’accessibilité et de l’universalité.

Enfin, le libre nous amenant à des enjeux connexes, nous avons parallèlement travaillé dès 2008 sur la question de la sécurité du réseau. Les problématiques d’anonymat, de neutralité du net, de confidentialité et de vie privée font partie intégrante de notre expertise. Notre équipe s’en est dotée depuis longtemps, grâce à un vécu devenu communautaire au fur et à mesure des évolutions d’Internet depuis 1993.

Notre maîtrise technique est donc complète : des couches les plus proches du processeur à celles les plus directement liées à l’utilisateur, du réseau aux logiciels offrant des services aux personnes, toute la pile graphique et accessibilité d’un système UNIX, usage concret et grand public de l’informatique.

Car nos progrès techniques, grâce à la complémentarité de notre réseau, n’ont jamais amené nos membres à quitter le monde utilisateur. Nous suivions les évolutions de Windows et avons même pu nous adapter à la révolution Apple. Nous n’avons donc pas une connaissance militante ou biaisée, mais un bagage objectif, nous donnant une idée très claire de l’état actuel de la technologie et de son accessibilité, sans préjugé ni biais. Car plus que le logiciel libre, c’est bien ce qu’il apporte qui nous séduit. Nous privilégions donc toujours le service à la personne, sans enfermement dans une approche politique. Celle-ci reprend ses droits quand elle jouit d’une concrétisation technique. Mais nous garantissons à ceux qui nous font confiance une analyse objective et réaliste, où nos propositions sont progressistes mais jamais idéologiques.