Des conséquences de la MacOSisation des déficients visuels

Apple propose aujourd’hui des appareils qui, à coup sûr, sont accessibles aux personnes non voyantes : compatibilité avec le matériel braille, vocalisation de l’écran, etc. Du coup, face à un Windows dont les améliorations en matière d’accessibilité restent souvent insuffisantes, fluctuantes et en fin de compte, déroutantes, de plus en plus de personnes pensent à se tourner vers des appareils Apple. D’autant plus que, pour les tablettes et les téléphones mobiles, Android n’arrive pas à se montrer aussi efficace dans sa gestion du tactile pour les non voyants. Or, une fois équipé d’Iphone, il est tout naturel de compléter son écosystème avec un ordinateur ou une tablette de la même marque, surtout quand on voit leur niveau d’intégration.

Mais la première chose qu’on découvre assez vite est que si Mac OS est performant, la prise en main de son lecteur d’écran n’est pas si facile. Étonnamment, elle est plus difficile que celle existant sous iOS. Elle est pourtant guidée, grâce à de bons tutoriels mis en place par la marque à la pomme. Mais il n’est pas rare qu’une personne devenue aveugle récemment ou âgée n’ait pas du tout envie d’apprendre un système et une aide technique, pendant plusieurs heures, seule face à l’ordinateur. Non seulement l’appropriation du numérique ne va pas de soi pour elles, mais le handicap visuel leur impose bien d’autres adaptations pour que le numérique n’en ajoute pas une, notamment à un âge où on est moins flexible dans ses habitudes.

Apple offre alors un service de formation, où elle investit cependant de moins en moins. Apple Care se réduit aujourd’hui à des séances collectives où, en pratique, très peu de gens se rendent. Qui, d’ailleurs, pour croire que des séances collectives d’informatique aient vraiment du sens ?

Et une fois ces efforts faits, rien ne garantit que l’ensemble des applications sera accessible. Si Apple fait beaucoup d’efforts pour favoriser l’accessibilité dans les applications de son store, elle ne peut la garantir partout. Et surtout, chaque mise à jour remet l’ouvrage sur le métier. Même temporairement, il n’est pas rare que l’accessibilité d’une application, voire du système, régresse à l’occasion d’une mise à jour. Couplé au risque d’une mise à jour incompatible avec un appareil trop ancien, cela place les utilisateurs dans une relative insécurité.

Enfin, se pose l’éternel débat du tactile. L’effet mode est parfait : le monde utilise l’Iphone, les déficients visuels aussi et sans discrimination, même avec le tactile ! Reste que même les gens maîtrisant parfaitement ce mode de communication ne nient pas qu’il reste plus long à utiliser qu’un clavier à touches, surtout pour écrire. Sauf à acheter un clavier externe ou accepter de commander son ordinateur à la voix, même en lieu public, cette façon d’aborder la technologie ne convient donc pas à tous en toutes circonstances.

Est-ce à dire qu’un Mac est donc un berceau d’illusions déçues ? Cela dépend pour qui. Notre conviction reste que pour un appareil coûtant plus de 1000 euros, l’accompagnement tout au long de sa durée de vie ainsi que la formation doivent être inclus. Sans ce facteur humain, un appareil à 1000 euros tel qu’un Mac ne peut qu’engendrer des frustrations chez les débutants et ne convenir qu’aux technophiles. S’en suit le risque d’une véritable technophobie ou d’une utilisation sous-optimale, rendant caducs les apports de ces technologies. Pourquoi alors payer 1000 euros une technologie dont on ne tirerait que 10 % des capacités ?