
Inclusion numérique : de l’accès à la maîtrise
Qu’est-ce que l’inclusion numérique ? L’inclusion numérique désigne l’ensemble des actions visant à permettre à toutes les personnes, quelles que soient leurs capacités, leur âge ou leur situation, d’accéder aux outils et services numériques, mais aussi de savoir les utiliser avec sécurité, discernement et de façon responsable, durable et émancipatrice. Aujourd’hui, cet enjeu est d’autant plus crucial que le numérique est devenu incontournable dans la vie quotidienne. Selon le Baromètre du numérique, 94 % des Français utilisent Internet, ce qui confirme la place centrale du digital dans la société. (Source : ARCEP / CREDOC). Pour autant, peut-on dire que 94% des Français ont un usage maîtrisé du numérique? Les données disponibles montrent au contraire qu’une part importante de la population rencontre des difficultés : 28 % des Français disposent de compétences numériques faibles (INSEE), et 15 % sont en situation d’illectronisme (ANLCI). De la connectivité aux usages : un changement de priorité Pendant longtemps, les politiques publiques se sont concentrées sur un objectif clair : connecter les territoires. Les investissements publics ont permis des avancées majeures : 👉 Résultat : la fracture territoriale d’accès est en partie résorbée, même si ZDnet rappelle en janvier 2026 que 12 millions de foyers demeure privé de « Très Haut Débit ». L’amélioration de la connectivité reste donc une préoccupation des pouvoirs publics, mais qui cède peu à peu le pas dans l’agenda politique à la question des usages. 👉 En effet, le Baromètre du numérique, les difficultés ne portent plus majoritairement sur l’accès, mais sur les usages et les compétences. On passe alors d’un enjeu d’infrastructure à un enjeu d’appropriation des usages mais aussi des cultures numériques. En effet tout ne se limite pas aux usages. La culture numérique, c’est savoir utiliser les technologies, comprendre leurs impacts, disposer de capacité autonome de résolutions de problèmes en ligne, disposer de recul sur ses usages, adopter un comportement responsable en ligne. Pourquoi l’inclusion numérique est-elle essentielle ? Illectronisme, littératie numérique et médiatique Malgré les progrès en matière de connectivité : 👉 La fracture numérique est désormais sociale et cognitive. La fracture cognitive désigne les inégalités liées à la capacité à comprendre, interpréter et utiliser l’information, notamment dans des environnements numériques de plus en plus complexes. Elle relève à la fois de la littératie médiatique et de la littératie numérique. La littératie numérique désigne l’ensemble des compétences nécessaires pour utiliser, comprendre, évaluer et créer des contenus numériques de manière autonome, critique et responsable. 👉 Elle va bien au-delà de la simple capacité à utiliser un ordinateur ou un smartphone. La littératie numérique repose sur plusieurs dimensions complémentaires : La littératie médiatique désigne la capacité à accéder, comprendre, analyser et évaluer de manière critique les contenus médiatiques, qu’ils soient diffusés sur Internet, les réseaux sociaux, la télévision ou la presse. Elle inclut aussi la capacité à produire et partager de l’information de manière responsable. La littératie médiatique, c’est la capacité à ne pas subir l’information, mais à la comprendre et la questionner. 👉 Contrairement à la fracture numérique “classique” (accès aux équipements ou à Internet), la littératie numérique et médiatique ne concerne pas le fait d’être connecté, mais le fait de savoir dominer et maîtriser ses usages du numérique. On pourrait parler de « souveraineté cognitive » car en l’absence de littératie numérique et médiatique, les individus sont plus vulnérables à des mécanismes de prédation cognitive de type désinformation, complotisme, pensée extrême. Des services de plus en plus dématérialisés 👉 L’exclusion numérique devient un risque d’exclusion des droits. En France, 32 % des adultes ont déjà renoncé au moins une fois à effectuer une démarche administrative en ligne. (Source : INSEE) L’essor de l’intelligence artificielle : un nouveau défi d’inclusion numérique L’intelligence artificielle transforme rapidement les usages numériques et redéfinit les compétences nécessaires. Les usages progressent extrêmement rapidement : Cela montre une fracture générationnelle très forte, mais surtout des usages qui progressent de façon désorganisée, sans plan d’accompagnement et de formation, avec des vulnérabilités très importantes en matière d’exposition aux fausses informations, de mésusages, de fuite de données (« shawow IA »), de défauts de supervision humaine, voire de co-dépendance psychologique. Plus globalement, l’adoption massive de l’IA génère de l’inquiétude : plus d’un Français sur deux exprime des craintes face à l’IA. (Source : CREDOC) 💡 L’IA devient ainsi un nouveau facteur de fracture numérique que la littérature qualifie de « fracture ternaire » : non plus lié à l’accès, mais à la compréhension, à la confiance et à l’usage, au recul critique. L’IA en soi peut amplifier les fractures cognitives si elle n’est pas accompagnée à l’échelle de la société. Les freins à l’inclusion numérique Les freins psycho-sociaux (souvent sous-estimés) Au-delà des compétences techniques, l’usage du numérique est fortement influencé par des freins psycho-sociaux, qui relèvent des perceptions, des représentations et du rapport individuel au numérique. Selon l’étude du Labo Société Numérique, ces freins concernent une large part de la population et se structurent autour de trois grandes dimensions. 💡 Ces freins montrent que la fracture numérique ne se résume pas à un problème d’accès ou de compétences : elle est aussi profondément sociale, culturelle et psychologique, et nécessite des approches d’accompagnement adaptées aux réalités de vie des individus. Le manque de compétences : le défi de l’inclusion numérique Le manque de compétences numériques est aujourd’hui l’un des principaux freins à l’inclusion. Selon l’enquête Capacity, la fracture numérique ne tient plus seulement à l’accès, mais à une maîtrise inégale des usages : de nombreux internautes utilisent Internet sans se sentir réellement compétents. Ces difficultés sont fortement liées aux inégalités sociales (niveau de diplôme, situation professionnelle) et se traduisent concrètement par des situations de dépendance, d’évitement ou d’abandon face aux démarches en ligne. Par exemple, 55 % des internautes estiment qu’Internet ne leur permet pas de s’ouvrir à d’autres milieux sociaux (Labo Société Numérique). Contrairement aux idées reçues, les jeunes ne sont pas tous à l’aise avec le numérique. La généralisation des services en ligne révèle une fracture numérique invisible, particulièrement marquée chez certains publics jeunes. (Source : CREDOC / INJEP / Défenseur des








